Histoire
Les francs-maçons célèbres, et ce que l'on peut vraiment en dire
Les listes de personnalités maçonniques circulent partout, souvent sans une seule source. Nous avons fait le tri entre ce que les archives établissent et ce qui se recopie d’un site à l’autre.
« Qui est franc-maçon ? » est l’une des questions qui reviennent le plus souvent. Des dizaines de sites y répondent par une galerie de noms célèbres, presque toujours sans indiquer de loge, de date, ni de source.
Nous avons choisi une autre méthode. Sur cette page, une appartenance n’est retenue que si une institution qui conserve des archives la documente, en particulier la Bibliothèque nationale de France. Quand une appartenance est seulement répétée, nous le disons aussi.
Deux règles supplémentaires : nous ne citons que des personnes décédées, et jamais un membre du Droit Humain à Toulon ou dans le Var. L’appartenance à une loge relève de la vie privée.
Définition
Une appartenance « établie »
Une appartenance est établie quand on peut lui associer au moins deux éléments vérifiables : une date ou une période, et une loge ou une obédience nommée, rapportées par une source qui n’est pas elle-même une liste de célébrités.
Ce que les archives établissent
Les personnalités ci-dessous figurent dans l’album « Portraits de francs-maçons » publié par la Bibliothèque nationale de France, qui conserve l’un des principaux fonds maçonniques français.
| Personnalité | Ce que la BnF indique |
|---|---|
| Montesquieu (1689-1755) | Initié en 1730, lors d'un séjour en Angleterre. |
| Charlotte David (1765-1826) | Oratrice de la loge d'adoption La Modération. |
| Adolphe Crémieux (1796-1880) | Avocat et ministre de la Justice, président du Consistoire central. |
| Louise Michel (1830-1905) | Initiée le 13 septembre 1904 à la loge La Philosophie Sociale, de la Grande Loge Symbolique Écossaise maintenue et mixte, sur proposition de Madeleine Pelletier. |
| Jules Ferry (1832-1893) | Artisan des lois sur l'école laïque. |
| Frédéric Desmons (1832-1910) | Pasteur protestant libéral, à l'origine en 1877 de la suppression de l'obligation de croyance au Grand Orient de France. |
| Émile Combes (1835-1921) | Président du Conseil, initié en 1896. |
| Georges Martin (1844-1916) | Cofondateur, en 1893, de la franc-maçonnerie mixte Le Droit Humain. |
| Arthur Groussier (1863-1957) | Réformateur du droit du travail, initié en mai 1885. |
| Franklin D. Roosevelt (1882-1945) | Président des États-Unis. |
| Pierre Mendès France (1907-1982) | Président du Conseil. La revue Humanisme lui a consacré en 2007 un article intitulé « PMF. Un franc-maçon aux responsabilités ». |
Source : Bibliothèque nationale de France, album « Portraits de francs-maçons », essentiels.bnf.fr.
Hors de France
D’autres noms sont revendiqués par les obédiences elles-mêmes, en France comme à l’étranger. La Grande Loge de France cite ainsi Voltaire, initié à la loge des Neuf Sœurs à Paris peu avant sa mort, Benjamin Franklin, grand maître provincial de Pennsylvanie, La Fayette, Winston Churchill, Oscar Wilde et le musicien Duke Ellington.
Le cas le mieux documenté est celui de Wolfgang Amadeus Mozart, initié le 14 décembre 1784 à Vienne, dans la loge Zur Wohltätigkeit. Sa musique maçonnique et les symboles de La Flûte enchantée sont étudiés depuis deux siècles.
Souvent cités, rarement établis
Trois noms reviennent dans presque toutes les listes sans qu’aucune archive de loge ne vienne les appuyer.
Ernest Hemingway
Le romancier américain figure dans de nombreuses listes, y compris celles publiées par des obédiences. Aucune loge ne le revendique avec une date d’initiation.
André Citroën
L’industriel est régulièrement présenté comme franc-maçon. Nous n’avons trouvé aucune source d’archive qui l’établisse.
Neil Armstrong
Le premier homme sur la Lune est cité par plusieurs sites maçonniques. Son appartenance fait débat parmi les chercheurs maçonniques eux-mêmes et n’est établie par aucune grande loge.
Pourquoi ces listes sont si fragiles
Une liste de célébrités se recopie. Un nom entre une fois dans un article, il est repris par le suivant, et au bout de dix reprises il a l’air vérifié. Or les archives des loges françaises ont connu un parcours mouvementé : saisies par l’occupant en 1940 et emportées en Allemagne, récupérées en 1945 par l’Armée rouge, conservées à Moscou pendant un demi-siècle, puis restituées à la France à partir de 1994. Ce sont les « fonds de Moscou ». Beaucoup d’appartenances anciennes restent donc difficiles à prouver, et dire « on ne sait pas » est souvent la réponse la plus exacte.
À retenir
- Une appartenance sérieuse s'appuie sur une date, une loge et une source d'archive.
- La BnF documente une dizaine de personnalités françaises, dont Louise Michel et Georges Martin.
- Louise Michel a été initiée dans une loge mixte en 1904, mais pas au Droit Humain.
- Hemingway, Citroën et Armstrong sont cités partout sans preuve connue.
Et au Droit Humain ?
Le Droit Humain a ses propres figures fondatrices, dont l’engagement est documenté et revendiqué par l’Ordre : Maria Deraismes, première femme initiée en 1882, Georges Martin, cofondateur en 1893, et Annie Besant, qui a porté l’Ordre hors de France.
Pourquoi vous ne trouverez ici aucun nom vivant
Une personne vivante est seule juge de ce qu’elle dit de son appartenance. Certaines la revendiquent publiquement, et c’est leur droit. Nous ne parlons pas à leur place, et nous ne publions évidemment aucun nom de membre des loges du Var.
Un candidat qui viendrait au Droit Humain pour croiser des noms connus se tromperait d’ailleurs de porte. En loge, personne n’est un nom : chacun y est une sœur ou un frère, à égalité.
En résumé
- Les listes de francs-maçons célèbres sont rarement sourcées.
- La BnF documente une dizaine de personnalités françaises, du 18e au 20e siècle.
- Plusieurs noms très répandus, comme Hemingway ou Citroën, ne sont pas établis.
- Le Droit Humain met en avant ses fondateurs, pas des célébrités.
Questions fréquentes
Non. En France, aucune obédience ne publie la liste de ses membres. L’appartenance relève de la vie privée, et sa divulgation par un tiers pose un problème au regard du RGPD.
Oui. La BnF documente notamment Louise Michel, initiée le 13 septembre 1904 dans une loge mixte, et Charlotte David, oratrice d’une loge d’adoption au début du 19e siècle.
Parce que l’affirmation est souvent invérifiable, et donc facile à formuler. Les archives des loges françaises ont été saisies en 1940, emportées en Allemagne, puis conservées à Moscou jusqu’aux restitutions entamées en 1994. Ce parcours laisse beaucoup de place aux affirmations sans preuve.
Nous ne communiquons pas sur l’identité de nos membres, vivants ou récents. Nos figures historiques, Maria Deraismes, Georges Martin et Annie Besant, sont présentées sur une page dédiée.
L'histoire vous intéresse plus que les noms ?
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